Martin Lansard

S’il est un jeune homme qui incarne parfaitement cette génération, bloquée entre les lettres X et Y de l’alphabet, c’est Martin Lansard, co-fondateur et CEO du média spécialisé aniwaa.fr. Ex-googler, digital nomad, entrepreneur et journaliste « online », il représente à lui-seul les récentes et profondes mutations du marché du travail. Une vision novatrice dans le monde du mouvement sur écran(s)…

L’EDHEC s’exporte chez Google

Ça et là gisent de petites figurines plastique inanimées, tout juste imprimées en 3D suite aux derniers tests de l’équipe Aniwaa. Dans ce grand bureau calé au rez-de-chaussée de l’incubateur Confluences où différents postes de travail sont installés, Martin m’accueille à 10 000 kilomètres de la France, d’un franc sourire et d’un « bienvenu » dans lequel je décèle une once de soleil toulousain. Entendre parler français au coeur de la capitale cambodgienne n’est pas une anomalie étant donné les liens culturels de longue date établis entre les deux pays. Ce qui m’étonne un peu plus et qui a déclenché notre rencontre, c’est le « .fr » qui complète l’URL du site internet ! Comment un média spécialisé dans les dernières innovations technologiques se retrouve-t-il hébergé au Cambodge ?

Une histoire de vie avant-tout, comme toujours… Martin fait ses classes en prépa HEC, intègre ensuite l’EDHEC Business School et complète son cursus étudiant d’un MBA à la Loyola Marymount University. L’anglais est désormais parfait et il s’envole pour la Big Apple en 2009 afin de développer l’activité B2B d’Air France aux Etats-Unis en tant que « E-commerce et online Marketing Specialist ». Attiré depuis ses études par l’univers du web, il fait alors un saut chez TRACE TV et se spécialise un peu plus dans le marketing online en même temps qu’il apprivoise les latitudes américaines. Son premier rêve était de rejoindre Google et, « fun fact », il y est finalement accepté en 2010. Valises faites pour Dublin, ce premier round chez le géant de Mountain View durera presque trois années. D’« Account Executive », il reviendra à NYC fin 2012 en tant que Marketing Manager.

Le parcours de Martin se conjugue alors au presque parfait et illustre le « sans-faute » dont rêvent encore bien des étudiants aujourd’hui ! Chez Google, il vit un « dream » éveillé et communique au quotidien avec les directions de grands groupes. Il emmagasine de l’expérience et des connaissances techniques, jongle avec les outils novateurs de l’entreprise et s’intègre parfaitement dans sa vie quotidienne. Mais il est une caractéristique de notre génération qui semble encore lui échapper : le besoin d’entreprendre. Ainsi, en juillet 2013, avec son ami d’enfance Pierre-Antoine, fana de nouvelles technologies et, plus particulièrement d’imprimantes 3D, il crée la V1 d’un petit blog, aniwaa.fr, pour répondre au besoin d’information du marché à propos de cette technologie émergente. Comparer objectivement sera le fer de lance de ce nouveau média online.

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Aniwaa, une aventure franco-cambodgienne

Fort d’un rapide succès, ce projet personnel prend de l’ampleur, trafic massif à l’appui. Les deux amis l’ont bien compris : le besoin existe réellement et l’heure du « blog » a sonné ! Ainsi, ils quittent tous deux leur emploi et se penchent à plein temps sur ce nouveau né que la toile s’arrache. D’un média spécialisé, ils passent en mode « start-up » ; hélas, pour un jeune entrepreneur, New-York est une ville « expensive » ! La fiancée de Martin, rencontrée sur les bancs de l’EDHEC, est franco-cambodgienne et a toujours eu pour projet de découvrir dans le pays d’origine de son père. Ni une, ni deux, Phnom Penh sera leur prochaine destination et les tables des Starbucks locaux le prochain bureau de Martin. On est en 2014 et c’est le début d’une phase « digital nomad » complexe où l’organisation est au coeur de sa problématique entrepreneuriale.

Phnom Penh est une ville accueillante pour les expatriés français. De nombreux évènements sont organisés et la communauté se rencontre, échange, deal, réseaute… De fil en aiguille, après une année à squatter les connexions capricieuses des cafés, Martin pose ses valises chez Confluences qui lui propose l’hébergement et un service d’accompagnement, notamment concernant les formalités administratives. Soreasmey Ke Bin, fondateur de Confluences et de la FrenchTech Cambodge, se lie d’amitié avec Martin et lui propose des locaux flambants neufs où il pourra désormais accueillir sa petite équipe et continuer à développer son premier enfant. V2, V3, V4, de l’impression 3D aux scanners 3D, intégration des derniers tests drones et des casques AR / VR, le site Aniwaa devient THE média comparateur de référence en ce qui concerne les dernières technologies. Et cet anglicisme en capitale n’est pas (juste) là pour faire joli : Aniwaa est désormais un média de référence international où l’anglais a rapidement supplanté le français.

De son côté, Martin se sent bien à Phnom Penh. Il a pu regarder la capitale asiatique se transformer sous ses yeux et l’éco-système « start-up » s’enrichir de jeunes pousses prometteuses aussi rapidement que la population s’approprie ces nouveaux usages digitaux. Son rythme de vie lui convient parfaitement : un réveil aux aurores, une matinée dérobée au temps occidental, des après-midis de call, de cadrages et de réunions et une fin de journée vers dix-huit heures lui permettent de profiter aussi bien de sa famille que de temps morts pour aller boxer, dîner au resto ou croiser des amis. Entre temps, il a réussi à ajuster son business model et vient de réussir une première levée de fonds. L’expatriation lui va si bien… L’entrepreneuriat aussi, merci pour lui !

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France, I still love you !

Aujourd’hui jeune papa, il regarde de nouveau vers la France. Amis, famille, habitudes, santé, confort quotidien sont autant de facteurs pragmatiques qui le remplissent de la nostalgie d’un pays dans lequel il aura finalement très peu travaillé. Pourtant, le temps du retour n’a pas encore sonné et, aux dernières nouvelles, Aniwaa se porte aussi bien que sa magnifique petite fille ! A bien des égards, Martin reste à mes yeux l’exemple probant que les temps ont changé et que la transformation digitale du monde rend désormais possible de nouveaux équilibres où la mobilité n’a de limite que le rêve de celui qui y croit.