Hervé Monier

Hervé Monier

Nous partageons ce point commun avec Hervé Monier d’avoir visité, à presque vingt ans d’intervalle, le Myanmar – ou Birmanie pour les retardataires. Ainsi, c’est la rivière Irrawaddy, non loin des célèbres temples de Bagan et de ses couchers de soleil à tomber que j’ai choisi de poser le cadre du portrait de ce voyageur invétéré qui vogue aussi bien dans les eaux troubles du marketing français qu’il traverse, aventurier, les mers de notre chère planète.

Au lever du soleil, il y avait…

…un fleuve paisible qui prend sa source au nord du Myanmar pour se jeter, plus de 2 000 kilomètres plus loin, dans le Golfe du Bengal. Jonché sur une petite barque, Hervé Monier contemple l’horizon de feu et repense à sa jeunesse… Nevers, puis, bien des années plus tard, le lycée Victor Duruy et son cossu 7ème arrondissement parisien. C’est à travers la littérature que le monde s’ouvre à lui et il décide de s’y consacrer à travers une hypokhâgne baignée de succès ; journaliste en herbe, Sciences Po’ lui ferme ses portes pour quelques petits points… C’est alors le CELSA qui lui présente son cursus « Communication ». Une première année qui « sent un peu le pipeau », puis l’éclosion à travers moult stages en entreprises. La com’ interne pour spécialisation, l’agence pour nouveau terrain de jeu.

…un petit déjeuner, et puis…

…la barque qui glisse sur l’eau calme et un silence de roi, dérangé ça et là par le frottement des ailes d’un héron qui s’envole. Guillaume Tell, agence du groupe Publicis spécialisée dans la marque employeur et son directeur Didier Pitelet l’accueillant avec, en guise de maxime, « tu travailleras comme un moine soldat et tu nous quitteras au bout de trois ans ». Trois années durant il s’occupera d’un portefeuille d’une trentaine de clients, harassé mais désormais passionné par cette formation accélérée. Trois années qui lui feront avouer que « quand tu es capable de bosser quinze heures par jour pour trente clients, la suite te paraît beaucoup plus simple ! ». Ainsi soit-il, c’est à l’aube du nouveau millénaire qu’il quitte le nid, débauché par ce que l’on nomme déjà une « startup » et qui recherche son prochain « Directeur Marketing / Com’ ». A l’exaltation d’une activité à 360° succède le rigoureux secteur de l’industrie.

…une pause matinale aussi méritée…

…juste le temps d’aller observer de près ces horizons de stupas et de temples qui s’enchaînent, au loin, au dessus des herbes sèches de Bagan. Nexans sera désormais son quotidien pour quelques années hiérarchisées dans la découverte de contextes politiques et organisationnels bien différents. Aussi gros sont les budgets que les projets, et il continue à apprendre un métier dans lequel il s’épanouit pleinement. Las, il doit remonter sur sa barque et quitter le rivage pour s’éloigner vers la Province. Bourges, son jardin de l’Archevêché, sa compagne et Sofaxis : il observe désormais la capitale dans son rétroviseur. Comment garder le contact avec son réseau ? Il se plonge dans les réseaux sociaux et s’amourache de Twitter, cet outil de veille merveilleux et conversationnel puis bientôt, après l’achat d’un mac flambant neuf, il n’a plus le choix : il doit donner naissance !

…qu’une pause déj’ pour échanger…

…avec le conducteur de cette barque qui a repris son lent chemin vers l’estuaire et qui lui conte les splendides traditions bouddhistes d’un pays encore refermé sur lui-même. En guise de réponse, Hervé accouche du « BrandNewsBlog »; « Nous sommes dans des métiers d’écoute », glisse-t-il au jeune barreur au teint buriné qui lui renvoie sans doute un regard interrogateur. Inspiré par les supports digitaux d’Olivier Cimelière, de Frédéric Fougerat ou encore de Christophe Lachnitt, cet accouchement prometteur lui permet de s’exprimer et de créer un point de contact de plus avec les spécialistes du marketing. Peut-être que son enfant numérique verra apparaître un nouveau format dans la soirée, la vidéo qui sait…? Le soleil est à son zénith lorsqu’il constate que « faire un passage par la communication est toujours utile, surtout lorsqu’on prend par la suite un poste dans une autre direction car, désormais, on a en soi le souci d’autrui. ».

…avant un après-midi de labeur…

…sous un soleil de plomb qui accable le sommet de son crâne alors que les montagnes se dessinent et que l’horizon se trouble. Accompagné d’un thé local, il se penche sur le management du DirCom ; montrer l’exemple, prendre les bonnes décisions, produire un contenu optimal, écouter et diffuser, encourager l’équipe, la former et l’habituer à la performance. La transformation digitale de ses collaborateurs et de l’entreprise est atteinte à l’heure du goûter ; la prise de conscience est globale mais le niveau de maturité des entreprises bien plus pâle que ses joues rosies par les puissants rayons du soleil. Où en est le social selling dans les entreprises françaises ? Pourquoi l’écart entre le discours sur la data crée-t-il toujours autant de dysfonctionnements stratégiques ? Pourquoi la plupart des SI sont-ils faits de « rustines » ? Il flirte avec l’insolation…

…et un goûter caféiné…

…le liquide noirâtre coule dans sa gorge ; le flottant continue sa route sur un bras de rivière qui s’élargit soudain sous les coups de boutoirs de courants qui s’intensifient. Il entrevoit comme en mirage des gilets jaunes fédérés par la toute puissance de révolutions numériques qui ont trois-point-zéroté le citoyen moderne. Les points de vue se nivellent aussi sûrement que sa vue se trouble : les fake news dansent devant ses yeux et l’entre-soi 2.0 devient la règle ! Des communautés numériques se forment et prennent le leadership de parole face à des sachants parfois réduits au rôle de marionnettes… Aussi sûrement que la barque bascule dangereusement, la manipulation des opinions s’accentue. Feront-elles basculer les démocraties ? Rien ne permet aujourd’hui d’en être certain mais on peut vraiment le redouter !

…lorsque soudain la libération…

…La barque fonce vers la mer, guidée par les coups de barre aguerris du boat-driver, protégé sous un chapeau de bambou; il tend alors à Hervé une bouteille d’eau fraîche. Ca y est, l’embarcation atteint son but et avance sur l’eau calme et turquoise alors qu’Hervé termine sa journée, libéré de son stress. C’est l’heure des retrouvailles familiales et des jeux de société à la maison à laquelle succède bientôt celle d’un spectacle vivant. Enfin, alors que  le rafiot vogue dans la nuit noire vers d’autres latitudes, il se penche sur la production d’un article « 450 Twittos du marketing et de la communication à suivre en 2019 ». Un travail fastidieux, qu’il réalise depuis maintenant six ans et qu’il met à disposition, gratuitement, de la communauté numérique, des uns comme des autres, des anciens et des nouveaux, en une subjectivité toute assumée !

…d’une journée rondement menée !

Il prend désormais son quart alors que le capitaine s’endort à l’avant, assis en tailleur, les jambes recouvertes par son longyi. Debout face à l’immensité scintillante, il débute alors sa course de fond, son marathon libertaire, quitte Sofaxis après presque dix ans et prend le temps de réfléchir à cette existence bien remplie et passionnée. La recherche active ne fait que commencer mais Hervé n’est pas pressé : il sait qu’un marathon se gagne dans la régularité, pas dans le dernier kilomètre. Bon run à toi Hervé, puisse ta barque ou ta foulée t’emporter encore plus loin, dans d’autres aventures aux confins du monde et de la communication !