Guillaume Doki-Thonon

Guillaume Doki-Thonon

C’est au cours d’un Apéroweb organisé à la Mezzanine de l’Alcazar que j’ai eu la chance d’échanger avec un entrepreneur déjà chevronné malgré son jeune âge. Guillaume Doki-Thonon n’en reste pas moins un observateur privilégié et un acteur novateur du secteur du marketing d’influence en France. Reech, sa solution qui aide les marques à travailler avec les influenceurs est la parfaite illustration du profil de ce jeune homme pour qui entreprendre est une seconde nature.

Une escalade dans l’entrepreneuriat

Armé de ses chaussons, Guillaume est un grimpeur invétéré qui passe du bloc à la voie en fonction de ses voyages. L’escalade, il la pratique également dans le monde digital. De ses études à Neoma Business School où il était responsable de la communication de la Junior Entreprise, à la création d’un statut Freelance pour développer des sites web, en passant par la création de l’agence de référencement SEOh avec son frangin Maxime, il n’a eu de cesse au cours des dernières années de gravir les étapes du parfait entrepreneur. Des bureaux de l’agence SEOh de Montrouge qui lui arrachent un sourire nostalgique à la création de RocketLinks, il n’y a finalement que deux ans.

Deux années qui l’on vu revendre SEOh à un groupe lyonnais pour se lancer dans une nouvelle aventure, RocketLinks, une forme de marketplace dédiée à la mise en relation entre blogueurs et annonceurs. C’est dans une logique de test and learn dopée par une remise en question continue que les deux garçons pivotent et créent en parallèle une nouvelle business unit, Reech, une solution innovante de marketing d’influence qui connecte les marques et influenceurs afin de les aider à construire des relations « win – win » pour des campagnes d’influence réussies. Le niveau de maturité du secteur et la mauvaise utilisation de la plateforme par certaines entreprises pousse néanmoins Guillaume à ajouter une partie « conseil » mise à la disposition des annonceurs. Bingo, en mars 2016, Reech lève 450K auprès de Business Angels afin d’en faire « la Brand Tech du marketing d’influence ». La complémentarité entre les compétences « tech » de son frère et les siennes, plus commerciales et managériales, est sans doute l’une des raisons du succès de leurs deux entités.

Pourtant, Guillaume ne s’est jamais appuyé sur les financements publics, tout juste sur l’ACCRE au moment de créer sa première entreprise. Il a préféré un mode d’entrepreneuriat version DIY où il avait le loisir de tout construire: le business model, le produit bien sûr, la stratégie marketing et surtout monter une équipe soudée, prête à se donner corps et âmes pour un projet autour duquel il réussit à fédérer, grâce à un savant équilibre entre management horizontal et responsabilisation verticale. Guillaume prévient néanmoins: « attention à ne pas rentrer dans la tyrannie du cool à la sauce startup nation. Une startup est avant tout un business où un produit répond à un besoin sur un marché délimité ». Et comme tout business, mieux vaut qu’il s’autofinance grâce à ses clients plutôt qu’il soit à la merci des subventions publiques. Encore faudrait-il pour cela réduire drastiquement les délais de règlement des factures émises par les startups qui peinent parfois à se faire payer leurs prestations ! Monsieur Macron, une réponse ?

Un enduro dans le marketing d’influence

S’il n’est pas en train de grimper les parois rocheuses de Fontainebleau, vous pourrez aussi l’apercevoir sur les chemins d’enduro, à califourchon sur sa moto-cross. C’est ainsi qu’il se détend pendant son temps libre, trop content de quitter la ville pour les spéciales campagnardes où le marketing n’influence jamais le chronomètre. Il prendra peut-être le temps de vous parler de la disparition du modèle de communication « top / down » et des difficultés que rencontrent aujourd’hui les marques pour susciter l’intérêt des consommateurs. Il vous expliquera qu’il faut qu’elles aient aujourd’hui des relais digitaux, sorte de « délégués de classe », capables de vivre les expériences, de tester des produits et de dévoiler les résultats à des communautés engagées. Vous l’aurez compris, ces délégués sont ceux qu’il héberge sur Reech, les influenceurs, ces talentueux prestidigitateurs du contenu et maîtres des formats numériques modernes.

Entreprendre, c’est aussi se tenir au courant des innovations sectorielles, voire même, comme le fait Reech avec ses 15% de chiffre d’affaires dédiés à la R&D, être soi-même à l’origine des usages de demain. L’intelligence artificielle est aujourd’hui l’un des moteurs du marketing d’influence qui permet à Guillaume d’aller plus loin dans la qualification des profils de son catalogue et de leur engagement social aussi bien sur des critères quantitatifs que qualitatifs. L’analyse sémantique des contenus et des prises de parole des influenceurs, le ton des interactions avec leurs communautés, la détection du « fake » et de ses suppôts sont autant d’outils qu’il souhaite mettre à disposition de ses clients afin de les guider vers la meilleure prise de décision possible.

Pourtant, malgré cette technophilie apparente, il raconte à qui veut l’entendre que l’ « IA ne causera jamais la mort de la créativité » mais qu’elle restera un outil capable de juger des résultats des créateurs de contenus à travers le traitement des social datas. Il illustre son propos avec l’exemple de So Foot: c’est la créativité des journalistes qui fait du magazine un succès et non le sujet en lui-même. Attention également de veiller à ce que la relation quadripartite « annonceurs, agences, agents et influenceurs » ne soit pas déséquilibrée lorsqu’il s’agit de lancer une campagne. Il faut adapter les langages, expliquer les codes de chacun, ne pas imposer un discours fermé d’un côté ou de l’autre, travailler sur une corrélation des valeurs afin qu’une relation de confiance puisse s’établir sur le long terme. Chaque acteur doit jouer son rôle pour une parfaite symphonie d’influence…

Une pêche OKLM

La dernière étape de ce portrait se situe le long d’une douce rivière, à l’orée d’un bois. C’est le Guillaume « off » qui se trouve allongé, un lancer à la main, dans l’attente du départ d’un brochet ou d’un silure. Même si la vie d’entrepreneur ne s’arrête jamais vraiment, il faut pourtant être capable de s’arroger des respirations dans ce quotidien parfois contraignant car un bon entrepreneur est avant tout – spoiler alert – un être humain !